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18/10/2014

LA NOUVELLE BIBLE LITURGIQUE ET LES ANIMAUX

 ANTHROPOMORPHISME ET ANTHROPOCENTRISME

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LA NOUVELLE BIBLE LITURGIQUE ET LES ANIMAUX

(NDLR: Le texte qui suit a été écrit par Jean Gaillard, président de l'association catholique NOTRE-DAME DE TOUTE PITIÉ www.nd-toute-pitie.fr , courriel depre.elisabeth@wanadoo.fr  et publié dans BÊTES ET GENS DEVANT DIEU (qui est le bulletin de NDTP), No 177, juin 2014. Il est mis en ligne ici avec l'accord de M. Gaillard qui est aussi le directeur de la publication précitée. J. N)

Sans être encore un traduction en français pleinement satisfaisante, la nouvelle Bible liturgique marque un progrès sur celle parue après le Concile. En effet, les épiscopats des pays francophones (France, Belgique, Canada, Suisse) viennent de faire paraître une nouvelle traduction complète de la Bible, avec l'approbation de Rome. C'est ce nouveau texte officiel qui devra être utilisé désormais dans les célébrations liturgiques.
 
 
J'ai regardé certains passages où il est question des animaux et que nous utilisons fréquemment. Je vous livre ici mes réflexions.
 
Genèse 1,26.28 : "Qu'il soit le maître » et "Soyez les maîtres"
 
Dans le récit de la création du monde, au sujet de l'homme Dieu dit: « Qu'il soit le maitre de tous les animaux », et ensuite il donne l'ordre à l'homme qu'il a créé « Soyez les maîtres de tous les animaux ». Tel est le texte de la nouvelle Bible liturgique, qui reprend celui du lectionnaire actuellement encore utilisé. On constate avec plaisir que les traducteurs officiels n'ont pas repris le verbe habituellement employé: « Dominer ».
 
Le mot original hébreu 'râdâh' est peu utilisé dans la Bible (26 fois). Il exprime souvent la victoire brutale sur les ennemis; mais il peut aussi exprimer la simple idée d'autorité ou de commandement. Ainsi dans le psaume 72 il s'applique au règne bienfaisant du Messie.
 
Au 2ème siècle avant notre ère, la traduction grecque de la Septante a retenu l'idée de commandement avec le verbe « archô ». Mais dans la Vulgate latine, curieusement saint Jérôme a choisi deux mots différents pour traduire le même mot hébreu: « praesit, qu'il préside » (ver. 26) et « dominamini, dominez » (v er. 28). Cette différence se  retrouve dans les anciennes traductions françaises qui mettaient sur deux colonnes le texte latin et français. Ainsi l'oratorien Louis de Carrières a mis dans sa célèbre traduction du début du 18ème siècle: « qu'il commande »  et « dominez ».
 
Les traductions françaises actuellement en usage ont diverses expressions; « qu'il soumette » et « soumettez » (TOB) ; « qu'ils aient autorité sur » et « ayez autorité » (La Pléiade); « qu'il règne sur » et « régnez sur » (Maredsous).; « pour commander à » et « de commande »' (Bayard); « qu'il(s) domine(nt) » et « dominez sur » (Crampon, Jérusalem, Osty). On voit donc que si l'idée de domination a été retenue, elle n'est pas la seule. C'est à tort que ces deux versets bibliques ont été le plus souvent interprétés pour justifier le droit que Dieu aurait donné aux humains de traiter les animaux à leur guise.
Dieu a donné à l'humanité la responsabilité de gérer la Création. Mais les humains doivent la gérer conformément au dessein de Dieu. Et Dieu ne leur a pas laissé la liberté de traiter les animaux n'importe comment.
 
Genèse 9,2 : « Vous serez la crainte et la terreur de tous les animaux »
 
Le mot à mot de ce verset en hébreu est: « votre crainte et votre effroi seront sur (ou sont sur) tous les animaux ». On peut traduire les mots « crainte » et « effroi » par d'autres mots synonymes qui expriment l'idée que les animaux redouteront désormais les humains. La forme verbale du mot hébreu « ihéh » (sont ou seront) peut parfois avoir un sens jussif d'ordre, mais elle n'a normalement qu'un simple sens déclaratif de constatation, s'appliquant aussi bien au présent qu'au futur, Il n'est légitime de lui donner le sens jussif que si le contexte l'exige.
 
La traduction grecque de la Septante a bien retenu le futur (estai), Mais dans la Vulgate latine, saint Jérôme a malencontreusement choisi le jussif (sit). Or le sens n'est du tout le même suivant qu'il est dit « vous serez » ou « soyez ».
 
Dieu prononce ces paroles à Noé après sa sortie de l'arche. S'il dit « vous serez », il fait la simple constatation que la violence marquera désormais les rapports des humains et des animaux. S'il dit « Soyez », il donne ordre aux humains de dominer les animaux avec violence; ce n'est pas du tout la même chose, et cela indigne justement les amis des animaux. Or ici rien ne justifie de donner le sens jussif à la forme verbale de l'hébreu. Même si tenant compte des nouvelles conditions d'existence entrainées par le péché, Dieu autorise les humains à manger la chair des animaux, il conclut une alliance de paix avec tous les êtres vivants.
 
Le Moyen-âge, qui a connu la Bible à travers la Vulgate, a été induit en erreur par saint Jérôme. Et cette erreur a persisté jusqu'à notre époque. Ainsi on lit dans la célèbre traduction de l'oratorien Carrières, au début du 18ème siècle: « Que tous les animaux ...soient frappés de terreur, et tremblent devant vous ». Et encore dans celle de l'abbé Glaire (1874) : « Soyez la terreur et l'épouvante de tous les animaux ».
 
Les diverses traductions françaises du 20ème siècle ont été faites à partir non plus du latin mais de l'hébreu. Et toutes ont retenu le sens déclaratif, sauf une. Le verset est rendu au futur par des tournures variables : « Vous serez craints et redoutés » (Crampon, TOB); « Vous serez un objet de crainte et d'effroi » (Maredsous, Osty); « Vous êtes la peur, vous êtes l'épouvante de tous les animaux » (Bayard); « La crainte et l'effroi que vous inspirerez s'imposeront à... » (La Pléiade). On note donc avec plaisir que la nouvelle traduction liturgique a choisi aussi le futur : « Vous serez la crainte et la terreur »". C'est important puisque c'est elle qui devra désormais être utilisée dans les églises.
Seule la bible dite de Jérusalem s'obstine à conserver le jussif dans sa récente édition revue et corrigée (2001) : « Soyez la crainte et l'effroi ».C'est d'autant plus regrettable qu'elle est une des plus utilisées, passant, bien souvent à tort, pour être une des meilleures.
 
Mathieu 10,29 : « sans que votre Père le veuille »
 
Jésus veut encourager ses disciples à ne pas craindre ceux qui leur veulent du mal et à se confier en Dieu. Il leur dit; « Deux moineaux ne se vendent-ils pas un sou ? Or pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille ».
 
Le texte grec dit simplement « sans votre Père (àneu toû Patros 'umôn ». Et saint Jérôme a bien traduit littéralement « sine Patre vestro ». Mais dans les traductions françaises, on a cru devoir ajouter une expression pour donner un sens à la phrase, Déjà au début du 18ème siècle, l'oratorien Carrières  traduit « sans l'ordre de votre Père » en écrivant toutefois le mot « ordre «  en italiques pour montrer qu'il n'est pas dans le texte. En 1873, l'abbé Glaire traduit littéralement, mais précise en note: « C'est-à-dire sans la volonté, sans l'ordre de votre Père ».
Les traductions françaises utilisées actuellement emploient des expressions diverses: « à l'insu de votre Père » (Maredsous, Jérusalem, La Pléïade) ; « sans que votre Père l'ait décidé » (Bayard) ; « indépendamment de votre Père » (TOB, avec en note: littéralement sans votre Père) ; «  sans la permission (entre crochets) de votre Père » (Osty) et Crampon, qui met les mots ajoutés en italiques). Ainsi certains traducteurs ont marqué qu'ils avaient ajouté des mots, d'autres ne l'ont pas fait, laissant le lecteur dans l'ignorance.
 
Il n'est donc pas étonnant que la Bible Liturgique traduise: « sans que votre Père le veuille ». Mais cela est regrettable, d'autant plus que contrairement à ce qu'elle fait souvent, elle ne donne pas en note le texte original.
 
Les expressions ajoutées, quelles qu'elles soient, modifient le sens du texte grec. Les unes avancent l'idée que Dieu sait tout et que rien n'arrive sans qu'il le sache; les autres, que rien n'arrive sans son autorisation et même de façon plus marquée sans qu'il le veuille expressément. Les traducteurs français ne saisissant pas le sens profond des paroles de Jésus, les ont interprétées dans un sens philosophique. Imprégnés de l'esprit humaniste selon lequel seuls les humains ont de l'importance dans l'univers, ils n'ont pas compris que Jésus exprimait la bonté de Dieu et le soin qu'il prend de toutes ses créatures vivantes. Le Père céleste accompagne avec amour jusqu'à sa mort  même les plus petits animaux estimés sans valeur par les humains.
 
Jean Gaillard

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