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02/02/2013

LES ANIMAUX DANS LE CATECHISME CATHOLIQUE

LES ANIMAUX DANS LE CATECHISME

 

Par Jean Gaillard

www.nd-toute-pitie.wanadoo.fr       Courriel:elisabeth.depre@wanadoo.fr                                                                                         

 

 La parution du nouveau catéchisme de l’Eglise Catholique a soulevé une vive émotion chez les amis des animaux. Les médias et les revues de protection animale l’ont présenté de façon presque uniquement négative, et affirmé que l’Eglise s’était déclarée contre les animaux et justifiait les mauvais traitements que les hommes leur infligent. D’où déception pour le moins, et le plus souvent colère chez les défenseurs. Cette réaction est-elle vraiment justifiée ?

 

Le texte principal sur les animaux

 

La première édition du catéchisme a paru en 1992 ; la seconde, considérée comme définitive, est sortie en 1997 : entre les deux, le texte a parfois été modifié pour tenir compte des observations et des critiques. Comme beaucoup n’ont sans doute pas lu eux-mêmes le catéchisme, je crois utile de reproduire intégralement le passage qui a retenu l’attention des commentateurs, bien qu’il ne soit pas le seul à parler des animaux, comme nous le verrons plus loin. Il est tiré de la troisième partie : « La vie dans le Christ », qui traite de la morale. Les chiffres entre parenthèses ( ) indiquent les paragraphes du livre, qui sont tous numérotés.

 

Le respect de l’intégrité de la création

 

(2415) Le septième commandement demande le respect de l’intégrité de la création. Les animaux, comme les plantes et les êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l’humanité passée, présente et future. L’usage des ressources minérales, végétales et animales de l’univers, ne peut être détachée du respect des exigences morales. La domination accordée par le Créateur à l’homme sur les êtres inanimés et les autres vivants est absolue ; elle est mesurée par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir ;elle exige un respect religieux de l’intégrité de la création.

 

(2416) Les animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude providentielle. Par leur simple existence, ils le bénissent et lui rendent gloire. Aussi les hommes leur doivent-ils bienveillance. On se rappellera avec quelle délicatesse les saints comme S François d’Assise ou S Philippe Néri, traitaient les animaux.

 

(2417) Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu’il a créé à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et dans ses loisirs. Les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement acceptables, pourvu qu’elles restent dans des limites raisonnables et contribuent à soigner ou sauver des vies humaines. (1)

 

 (2418) Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. Il est également indigne de dépenser pour eux des sommes qui devraient en priorité soulager la souffrance des hommes. On peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l’affection due aux seules personnes. 

 

Une remarque préliminaire. Les anciens traités de morale qui ont parlé des animaux l’ont fait à propos du 5ème commandement : « Tu ne tueras pas » ; de même le catéchisme national de 1937. Ici c’est à propos du 7ème commandement : « Tu ne voleras pas», dans la section intitulée « Le respect des personnes et de leurs biens » ; c’était déjà le cas dans le récent catéchisme pour adultes des évêques de France en 1991. Ainsi, on envisageait la question dans le cadre du respect de la vie ; le refus de faire souffrir l’animal inutilement était une sorte d’extension de celui de nuire au prochain dans son corps. Maintenant on place les animaux parmi les biens que l’homme a à sa disposition. Cette optique différente d’aborder le problème m’apparaît regrettable, même si en fait on affirme la même chose dans les deux cas, et si ce qu’on dit est évidemment plus important que l’endroit où on le dit.

 

Il convient aussi de noter le petit changement intervenu entre les deux éditions : s’il est en soi mineur, il prouve que les nombreuses demandes des défenseurs des animaux n’ont pas été purement ignorées, mais qu’elles ont été étudiées par la commission de révision, même si on ne les a pas beaucoup suivies.

 

Le paragraphe 2415 tire du 7ème commandement des conséquences essentielles que nous développerons plus loin : l’homme n’a reçu de Dieu qu’une domination limitée sur les créatures, il n’en est pas le maître absolu ; il doit respecter religieusement l’intégrité de la création, et l’usage qu’il fait des ressources de l’univers ne peut être détaché des exigences morales. Déjà Jean-Paul II écrivait pour le huitième centenaire de Saint François d’Assise : « Les créatures et les éléments ne seront protégés de toute violation que dans la mesure où on les considérera comme des êtres à l’égard desquels l’homme est lié par des devoirs » (15 août 1982).

 

C’est sûrement une bonne chose de situer les animaux dans l’ensemble de la création, et c’est vrai que l’homme a le droit de se servir de l’univers. On a cependant l’impression que le catéchisme n’a ici en vue que le bien de l’humanité dans son ensemble et au cours des âges ; les créatures ne semblent être envisagées que comme des ressources mises à la disposition de tous les hommes, de toutes les générations ; on ne semble leur attribuer aucune valeur en soi. C’est une perspective beaucoup

 

(1) Cette phrase a été légèrement modifiée pour la seconde édition. Sa première rédaction était : « Si elles restent dans des limites raisonnables, les expérimentations médicales et scientifiques sont des pratiques moralement recevables, puisqu’elle contribuent à soigner ou épargner des vies humaines. »

 

 

 

 trop anthropocentrique et beaucoup trop étroite. Les créatures ont pour Dieu une valeur réelle, indépendante du bien qu’elles peuvent procurer à l’homme, ce que le catéchisme reconnaît ailleurs, comme nous le verrons plus loin.

 

Dommage que le paragraphe 2416 soit aussi court, car il est tout à fait positif. C’est étonnant que des commentateurs l’aient complètement passé sous silence, car il éclaire la manière dont doivent être compris les deux paragraphes suivants, ceux qui ont provoqué l’indignation des amis des animaux. Il affirme fortement que les hommes doivent traiter les animaux – le mot est souligné dans le texte original – avec bienveillance, à l’exemple du Créateur qui les entoure de sa sollicitude providentielle. De nombreux saints l’ont compris.

 

Les phrases de la première moitié du paragraphe 2417 sont malheureusement ambiguës. Comprises dans l’optique bienveillante du paragraphe précédent, elles prennent un sens acceptable. Mais détachées de lui, elles s’interprètent facilement de façon négative et justifient sans peine les mauvais traitements que l’homme inflige aux animaux. Certes, on ne pouvait pas condamner l’alimentation carnée et exiger que tout le monde renonce à manger de la viande, même s’il faut se réjouir de voir augmenter le nombre des végétariens. Il n’est pas non plus en soi blâmable de faire des vêtements à partir de poils et de peaux. Mais le catéchisme aurait dû expliquer clairement que le droit d’utiliser les animaux pour l’alimentation ne justifie en aucun cas de les élever dans des conditions qui ne respectent pas leur caractère d’êtres sensibles et les réduisent à des matériaux vivants, comme dans les élevages en batterie, ni de les mettre à mort de façon cruelle. Il fallait aussi souligner qu’il n’est pas moral de tuer des animaux dans un but lucratif, uniquement pour avoir leurs plumes et leurs fourrures comme parures.

 

Domestiquer des animaux pour qu’ils assistent les hommes dans leurs travaux et leurs loisirs est légitime. Etablir des liens entre l’espèce humaine et les espèces animales renforce l’unité de la création. Mais là encore le catéchisme est trop vague et prête aux mauvaises interprétations. Il aurait dû préciser que l’animal a droit au repos, selon l’enseignement biblique (Ex 23,12) et qu’il est injuste de le faire travailler au-delà de ses forces. Quant aux loisirs, c’était l’occasion de condamner fermement les spectacles cruels, en particulier les corridas, au lieu de garder le silence qui semble les approuver, même si ce n’est sans doute pas le cas des rédacteurs.

 

Sur l’expérimentation animale, on ne pouvait pas compter que le catéchisme adopte le point de vue des défenseurs des animaux ; sauf de rares exceptions, tels les cardinaux Newman et Manning en Angleterre au 19ème siècle, les moralistes ont admis sa légitimité. On pouvait cependant espérer que cette opinion générale ne serait pas présentée comme définitive, mais comme « ni unanime ni irréformable », selon l’expression du porte-parole du Vatican en 1966. Et de toute façon, il fallait insister sur l’emploi des méthodes substitutives et répéter que la diminution des expériences sur les animaux correspond au bien de la création, comme le disait le Pape dans un discours de 1982. A remarquer toutefois que la seconde édition admet plus nettement que le première, que seules sont moralement licites les expérimentations qui servent la santé et la vie humaine ; ce qui exclut implicitement celles destinées à d’autres buts, par exemple l’armement ou les cosmétiques ; mieux aurait valu le dire clairement. De même les amis des animaux ont eu tort de se gausser de l’incise « à condition de rester dans des limites raisonnables ». Bien sûr cette brève remarque n’aura aucune conséquence pratique ; mais elle a de l’importance du point de vue de la pensée : on n’affirme plus que les chercheurs ont le droit moral de tenter n’importe quoi. Même beaucoup trop modeste, c’est un pas réel vers plus de respect de l’animal, qui remettra un jour en cause la thèse officielle actuelle.

 

Le paragraphe 2418 s’ouvre par l’affirmation essentielle que l’on n’a pas le droit de faire souffrir les animaux et de gaspiller leur vie. Mais il faut regretter l’adverbe « inutilement » qui lui fait perdre à peu près toute sa force. Si encore le catéchisme avait insisté que pour infliger la souffrance et la mort, il faudrait au moins des raisons graves et une réelle nécessité, au lieu de laisser croire que n’importe quelle utilité suffirait … De plus la réflexion reste trop anthropocentrique. Certes, la cruauté s’oppose à la dignité humaine ; mais elle est une faute non pas seulement parce qu’elle abîme la conscience de l’homme, mais d’abord parce qu’elle cause du tort à l’animal.

 

La phrase suivante vise-t-elle uniquement des excès ? Sans doute. En tout cas, sa formulation ambiguë permet de l’appliquer à toutes les dépenses pour les animaux, même raisonnables ; elle reflète la mentalité très répandue dans les milieux religieux convaincus que le bien fait aux animaux l’est aux dépens des hommes. Trop de chrétiens reprochent à tort à ceux qui secourent les animaux malheureux de gaspiller l’argent, alors qu’ils trouvent normales les dépenses pour les achats superflus et les loisirs.

 

Pour finir le catéchisme reconnaît qu’on a le droit d’aimer les animaux. Mais il ajoute aussitôt une restriction dont le sens n’est pas évident. Ce qui a provoqué la colère des amis des animaux, qui l’ont mal comprise. Il faut remarquer dans le texte l’emploi de l’article défini (la) et non du partitif (de). Le catéchisme dit donc ceci : on peut avoir des relations affectives avec des animaux, mais qui ne doivent pas être du même ordre que celles qu’on entretient avec des personnes.


 

L’enseignement général sur la création

 

Presque tous les commentateurs ont perdu de vue que le catéchisme forme un tout organique. Ces quelques affirmations sur les animaux découlent d’une conception du monde et de l’homme exposée dans la première partie de l’ouvrage « La profession de Foi chrétienne ». Elles ne prennent tout leur sens que replacées dans cet enseignement global, qui traite des créatures en général ; donc qui concerne aussi les animaux, parfois spécialement désignés. Je me contente de dégager les points éclairant la pensée de l’Eglise sur les créatures non-humaines ; mais ne pas oublier que le but du catéchisme n’est pas de faire un exposé sur le monde ; toute sa réflexion se concentre sur l’homme et se développe par rapport à sa destinée : « La catéchèse sur la création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne » (282).

J’utilise surtout les paragraphes suivants, qui traitent :

-         du créateur : 279 à 314 – de l’homme : 355 à 358, 373 à 379, 400,

-         du monde visible : 337 à 349 – du monde à venir : 1042 à 1050.

 

1) L’action de Dieu

 

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Cette phrase qui ouvre la Bible signifie que le créateur a tout fait à partir de rien (290) et qu’il continue à maintenir les créatures dans l’être pour qu’elles ne retournent pas au néant (301). Tout a été créé par et pour le Christ, qui est la Parole créatrice, et tout subsiste en lui (291).

 

Dieu a créé avec sagesse et par amour (295). Il aime toutes ses créatures et il prend soin de chacune (342) : « Oui, tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 24) ; « Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres » (Ps 145, 9). Les créatures sont bonnes en soi et possèdent leurs perfections propres (299). Dans l’univers il y a de l’ordre, et l’harmonie du monde créé résulte de la diversité des êtres et des relations qui existent entre eux et constituent les lois de la nature (340) ; Dieu a voulu l’interdépendance des créatures. La beauté de l’univers reflète celle du Créateur. C’est une « vérité fondamentale » que le monde a d’abord été créé à la gloire de Dieu, non pour l’accroître mais pour la manifester et la communiquer (293). Selon la plus ancienne tradition, dans la contemplation du cosmos, le catéchisme ne voit que l’harmonie générale engendrée par l’ordre de la nature ; il ne prête pas attention à la souffrance de milliards d’êtres sur laquelle elle repose souvent.

 

Mais si Dieu gouverne le monde par sa Providence souveraine, pourquoi le mal physique existe-t-il ? – Je ne parle pas ici du mal moral qui est d’un autre ordre – Le catéchisme reprend l’explication de Saint Thomas d’Aquin : Dieu n’a pas créé un univers achevé ; il a voulu un univers « en état de cheminement » vers se perfection ultime. Et ce devenir comporte, dans le dessein divin, la coexistence du mal physique et du bien physique, aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection : l’apparition et la disparition de certains êtres, les constructions de la nature et ses destructions sont nécessairement liées (310). Bien et mal physiques sont la conséquence de l’acte créateur. Sans le vouloir, Dieu accepte le mal parce que dans sa toute puissance il peut en tirer du bien (312).

 

Sans m’étendre sur le difficile problème du mal en général, je dirai juste un mot de la souffrance. Si le catéchisme présente celle de l’homme comme une conséquence du péché (376), il ne parle pas de celles des animaux. C’est une lacune. Admet-il que cette dernière est « naturelle » ? Sa conception du mal physique le laisserait penser. Personnellement je refuse cette vision des choses, qui me semble contraire à l’amour de Dieu pour ses créatures. Mais même en admettant cette théorie, il faudrait en tout cas maintenir que la souffrance doit d’abord profiter à l’être qui souffre ; ainsi celle des animaux ne se justifierait qu’en raison du bien que Dieu pourrait en tirer pour les animaux eux-mêmes, et pas du tout de celui qui pourrait en tirer pour l’homme, comme l’ont soutenu des théologiens.

 

2) La place de l’homme

 

Dans le monde tous les êtres n’ont pas les mêmes perfections ; les uns sont plus parfaits que les autres ; il y a une hiérarchie (342). Le catéchisme cite abondamment des textes de la Bible et des Pères de l’Eglise célébrant la grandeur de l’homme au sommet de la création (343). Créé à l’image de Dieu, ce dernier a une place à part : son principe vital, l’âme, est, comme Dieu un esprit doué d’intelligence et de liberté ; il n’est pas seulement quelque chose mais quelqu’un : il est une personne (357).

 

Dans l’univers visible, il est le seul capable de connaître et d’aimer Dieu, dont il est appelé à partager la vie. C’est là la raison fondamentale de sa dignité (356). Je sais que beaucoup de gens rejettent l’idée que l’homme soit à l’image de Dieu, quand ils voient tous ses vices et toutes les cruautés qu’il commet, alors que Dieu est Amour. Mais il faut bien comprendre que l’expression « à l’image de Dieu » n’a pas un sens moral mais ontologique : c’est par sa nature d’être intelligent et libre que l’homme est en soi l’image de Dieu, même si par sa conduite il ne lui ressemble pas du tout ; l’image est plus ou moins déformée, mais elle reste image.

 

Dieu a tout créé pour l’homme. Cette affirmation se concilie avec celle exprimée plus haut que le but premier de la création est la gloire de Dieu, car l’homme a été créé pour servir Dieu, auquel il doit offrir toute la création et librement présenter au Créateur toutes les créatures qui ne peuvent s’offrir d’elles-mêmes (358). Dans le repos du 7ème jour, le catéchisme voit le signe que la création est faite en vue du culte et de l’adoration de Dieu (345 à 349). Cette vision mystique nouvelle, sans doute assez difficile à saisir par beaucoup, a une grande profondeur, et elle éclaire le « respect religieux » de la création exigé par le paragraphe 2415. Elle s’éloigne des thèses selon lesquelles l’univers ne serait destiné qu’à satisfaire les besoins de l’humanité, comme le laisseraient penser d’autres passages du catéchisme.

 

En effet, comme dit plus haut, la domination accordée par Dieu, à l’homme n’est pas absolue. Je cite en entier un passage qui le précise clairement : « Dans le dessein de Dieu, l’homme et la femme ont la vocation de « soumettre » la terre comme « intendants » de Dieu. Cette souveraineté ne doit pas être une domination arbitraire et destructive. A l’image du Créateur « qui aime tout ce qui existe », l’homme et la femme sont appelés à participer à la Providence divine envers les autres créatures. De là, leur responsabilité pour le monde que Dieu leur a confié » (373). A l’origine, avant la faute, l’harmonie était parfaite entre le premier couple et toute la création (376) ; mais le péché l’a rompue, et les créatures sont devenues étrangères et hostiles (400).

 

3) Un destin commun

 

Il existe « une solidarité entre toutes les créatures », du fait qu’elles ont toutes le même Créateur et sont toutes ordonnées à sa gloire (344). Le catéchisme reproduit le célèbre Cantique des Créatures de Saint François d’Assise. La révélation affirme la profonde communauté de destin entre le monde et l’humanité (1046). Selon l’enseignement de Saint Paul dans l’épître aux Romains, l’univers visible est destiné lui aussi à être transformé pour participer à la glorification des justes en Jésus-Christ ressuscité (1047). A la fin des temps, quand le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude après le jugement universel des hommes, il sera renouvelé (1042). Cette rénovation mystérieuse l’Ecriture l’appelle « les Cieux nouveaux et la terre nouvelle », qui marqueront la réalisation définitive du dessein de Dieu : »Ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ » (Ep 1,10) (1043). Nous ignorons l’époque et la manière dont se fera cette transformation (1048).

 

Le catéchisme ne parle pas ici non plus des animaux. C’est une autre lacune. La plupart des théologiens, suivant Saint Thomas d’Aquin, imaginent  la « terre nouvelle » sans animaux, puisque leur âme n’étant pas spirituelle ils ne peuvent survivre à la mort. Thèse que les amis des animaux rejettent avec raison : les animaux ont une personnalité différente de celle de l’homme mais suffisante pour pouvoir survivre. Problème complexe que je n’aborde pas ici.

 

Quelques remarques générales

 

1) La réflexion théorique est la meilleure. Elle montre que le monde créé, sa signification et son destin sont maintenant intégrés dans l’ensemble de la doctrine, même si la réflexion comporte encore des lacunes et reste trop exclusivement centrée sur l’homme. En nous appuyant sur ces bases solides, nous devons continuer à élaborer une théologie de l’animal satisfaisante, qui marquera un réel progrès dans la compréhension de la Révélation divine. Pour mesurer le chemin parcouru, rappelons que ni le catéchisme du concile de Trente au XVIème  siècle, ni celui de Saint Pie X en 1906 n’abordaient la question des animaux.

 

2) Les affirmations pratiques sont encore globalement défectueuses. On a considéré la question du comportement de l’homme envers les animaux comme très secondaire. Le prouve le peu de place qui lui a été consacrée. Même si c’est mieux que dans le récent catéchisme pour adultes des évêques de France, qui expédiait l’affaire en une phrase : « Le chrétien voit dans tous les êtres, et spécialement dans les animaux, un don et un reflet de l’acte créateur de Dieu. Même s’il en use légitimement, il sait qu’il doit les respecter » (616). Cependant dans la seconde édition, à la différence de la première, on trouve le mot « animal » dans l’index des mots importants.

 

3) Je suis convaincu que les auteurs du catéchisme ont cru faire un réel effort d’ouverture en rappelant que l’homme doit respecter les animaux et les traiter avec bienveillance. Cependant ils éprouvent à leur égard la méfiance trop répandue dans les milieux religieux, et ils ignorent tout des véritables problèmes de la protection animale. Ils ont sans doute davantage cherché à défendre les prérogatives et les intérêts de l’homme qu’à soulager l’immense souffrance des animaux et améliorer leurs conditions de vie. D’où la distorsion entre la partie théorique et la partie pratique.

 

4) La tendance actuelle de certains qui refusent d’attribuer à l’homme une dignité et une place particulière dans l’univers, les a sans doute plus inquiétés que les innombrables abus de la domination exercée par l’humanité sur la nature et les animaux. Au XIXème siècle le cardinal Donnet souhaitait que l’Eglise prenne la direction du mouvement naissant de défense des animaux. Elle ne l’a pas fait et l’a presque complètement ignoré jusqu’à nos jours. Faut-il alors s’étonner que la protection animale subisse des influences étrangères au Christianisme ? Le meilleur moyen d’éviter les dérives serait d’intégrer pleinement le respect de la nature et l’amour des animaux dans l’enseignement religieux.

 

5) Avec raison, les amis des animaux ont été profondément déçus. Toutefois, malgré ses lacunes et ambiguïtés, le catéchisme contient de bonnes affirmations. C’est dommage que presque tous les commentateurs les aient passées sous silence, pour n’insister que sur les points négatifs. Répéter partout que l’Eglise s’est prononcée contre la protection animale – ce qui n’est pas vrai dans le fond, même si la forme le laisserait facilement penser – ne peut que favoriser ceux qui exploitent les animaux et renforcer dans leurs idées les nombreux chrétiens qui ne les aiment pas. Je pense que mieux vaut montrer, à partir des bases positives, comment doivent être compris les passages incomplets ou ambigus.

 

6) Il est bon que les autorités religieuses se rendent compte de l’émotion provoquée chez les amis des animaux. Nos évêques ont plusieurs fois demandé qu’on leur fasse connaître les préoccupations de nos contemporains. N’hésitez pas à prendre contact avec votre curé ou votre évêque. Ce peut être l’occasion de nouer le dialogue. Même si on ne peut guère espérer que le texte du catéchisme sera une seconde fois modifié dans un proche avenir, on peut essayer d’obtenir sur certains points des précisions ou des compléments officiels, puisqu’il ne s’agit pas de la Foi de l’Eglise Catholique mais d’explications théologiques. C’est dans ce sens que nous agissons.

 

Et que Saint François nous inspire et nous guide.

 

Jean Gaillard

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